le seminaire

FARE du latin Facere, faire, du sanscrit DHA, faire, poser, mais aussi du grec PHYO, je suis et ensuite je fais, je produis, de la racine sanscrite BHÛ (=PHU, FU) qui a le sens de être (je fus).

Le verbe grecque poiein, faire, est apparenté aux mots poésie et poïétique. «Les artisans sont tous de poiêtai, des fabricants, […] mais on ne donne pas à ces gens le nom de poiêtai, de poètes » (Platon, Banquet, 205 b-c). Depuis, on n’a pas arrêté de creuser la dangereuse et triste séparation entre la tête et la main, entre la science et la technique, entre le penser et le fabriquer, en faisant ainsi augmenter de plus en plus ce paradoxe qui voudrait que théorie et empirie soient deux mondes séparés.

L’empirie et l’expérience en revanche sont fondamentales pour apprendre et appréhender les choses, pour être au et dans le monde. Dans ce sens, fabriquer une pensée nous intéresse dans son acte, dans son processus de construction matérielle dans son besoin artisanal d’explorer toutes les possibilités avant de se mettre en acte.

« Au fondement de l’artisanat, on trouve trois aptitudes élémentaires : la faculté de localiser, de questionner et d’ouvrir. […] La capacité de localiser désigne la faculté de localiser où se passe quelque chose d’important, […] La capacité de questionner n’est ni plus ni moins qu’une manière d’examiner les lieux […] cela donne l’expérience de la curiosité, une expérience qui suspend la résolution et la décision en vue de sonder […] et enfin la capacité d’ouvrir un problème se nourrit de sauts intuitifs, spécifiquement du pouvoir de rapprocher des domaines dissemblables et de préserver une connaissance tacite dans le saut de l’un à l’autre. Le simple effet d’aller et venir entre différents domaines d’activité incite à envisager d’un œil neuf les problèmes. Qui dit « ouverture » dit « s’ouvrir à », au sens d’être ouvert à d’autres façons de faire les choses, au passage d’une sphère d’habitude à l’autre. Cette attitude est si élémentaire que son importance est souvent méconnue.» (Richard Sennett, Ce qui sait la main, 2010, p. 372-4)

Fare la transformation est une exploration de la métamorphose urbaine faite par de petits gestes, des essais, de matériaux recousus, des bribes de pensée collées l’une à coté de l’autre et non par des grandes pensées ou théories… Fabriquer une pensée, est long et requiert du temps, nous pensons que faire les choses, expérimenter matériellement des pistes, peut nous aider à ouvrir des portes qui autrement resteraient fermées.

Nous avons ainsi lancé ce défi pédagogique qui se propose de passer par l’empirie, pour construire de mémoires de master, par le-faire-les-choses, pour comprendre où nous sommes et qu’est-ce qui signifie être dans un processus de transformation. Une empirie impertinente probablement mais pleine de tendresse pour le monde qui nous entoure.

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